Episode Transcript
[00:00:01] Speaker A: Bienvenue dans Parlons Poumon. Dans ce podcast, des patientes témoignent sur leur vie avec un cancer du poumon. Bien sûr, chaque histoire est singulière et chaque patient vit différemment avec la maladie. Mais ces témoignages, ce sont leurs histoires à elles. Des professionnels de santé ou de l'accompagnement viennent ensuite éclairer ces témoignages par leur expérience quotidienne de soignant aux côtés des malades. Dans cet épisode, on m'a annoncé un cancer.
[00:00:26] Speaker B: Je m'appelle Delphine, j'ai 46 ans et j'ai eu un cancer du poumon. C'était en 2020, j'ai eu le Covid en mars et je ne m'en sortais pas de ce Covid, faiblesse extrême, je toussais beaucoup, j'étais limite de l'hospitalisation. Mon médecin traitant s'est dit qu'il se passait quelque chose, donc il m'a fait faire un scanner thoracique. où on a trouvé un nodule dans le lobe inférieur gauche, mais qui n'inquiétait personne, puisque 40 ans, non fumeuse, en pleine forme avant le Covid, donc personne ne s'inquiète, nodule magnifique, tout ronde comme il faut. Mais moi qui suis optimiste, je ne le sentais pas. Et donc j'ai pas lâché l'affaire et heureusement, il a quand même fallu 6 mois pour avoir le diagnostic. C'est une pneumologue à l'hôpital qui a dit on va quand même lui faire un PET scan. Et là, le pneumologue qui devait me donner les résultats dans la journée m'a appelée à 21h30. et a bégayé, a pas réussi à me sortir quelque chose. Il m'a juste dit rendez-vous demain à mon bureau, 9h.
[00:01:27] Speaker C: Je m'appelle Hélène, j'ai 46 ans et j'ai été diagnostiquée d'un cancer du poumon en 2021. Fin 2020, en pleine épidémie du Covid, je commence à tousser, à avoir mal dans les côtes et puis on me diagnostique un Covid, c'est assez classique à ce moment-là. À part que ce Covid dure, on me donne des antibiotiques et puis je passe une première radio du poumon où on détecte une pneumonie. Cette pneumonie, elle ne va jamais guérir étant donné que 6 mois après, on m'a diagnostiqué un cancer du poumon important étant donné qu'on révèle une tumeur de 7 cm. Avec le recul, la période pour moi la plus compliquée, ça a été la période avant le diagnostic. Six mois d'errance médicale où je sens qu'il y a quelque chose qui ne va pas, où j'ai très très mal dans le dos. Il y a des jours où je ne peux même pas me lever alors que je suis une femme dynamique, j'ai une petite fille à la maison, je travaille et je me dis que ce n'est pas normal et j'ai l'impression de ne pas être entendue. J'ai l'impression que les médecins se disent Mais non, tout va bien, pas de perte de poids, les prises de sang sont ok et je me sens seule, tant et si bien qu'à chaque fois que je regarde ma fille, j'ai envie de pleurer en me disant que à la fin de l'année, je ne serai plus là.
[00:02:35] Speaker D: Je m'appelle Armelle, j'ai 54 ans, j'ai été diagnostiquée d'un cancer des poumons il y a pratiquement 10 mois. Tout a commencé début janvier 2024, où je me suis coincée le dos dans mon canapé. Je n'ai jamais pu me relever. Je me suis dit que les vacances ne m'ont pas bénéficié, j'ai été voir l'ostéopathe une fois, deux fois, trois fois. Puis là, elle m'a dit, la côte, là, elle ne me plaît pas du tout, allez voir votre médecin, il faudrait passer une radio. J'ai passé la radio et le diagnostic, tout s'est enchaîné, scanner, tout le bilan a été fait avant le 21 février. Ça a été, on va dire, un million de TGV à travers la figure. La vie était belle et tout s'est arrêté. Mon mari était avec moi. On a tout de suite compris, après la radio, qu'il y avait quelque chose de très grave. Ce qui a été le plus compliqué, c'est qu'on m'a annoncé que j'étais métastasée, que j'avais des métastases osseuses et cérébrales. Et là, j'ai très bien compris que je n'étais pas guérissable. Ça a été le plus dur. Après, ce qui a été le plus dur, c'est d'annoncer ça aux enfants. Mes enfants sont encore jeunes, 21 et 23 ans. Ça a été le plus compliqué, leur faire comprendre. Ils n'ont toujours pas compris que j'étais gravement malade.
[00:03:47] Speaker E: Je m'appelle Magali, j'ai 48 ans et j'ai été diagnostiquée d'un cancer du poumon avec mutation ALK en juin 2020. J'ai découvert que j'avais un cancer du poumon suite à d'abord une flébite qui s'est transformée, je le saurais plus tard, en embolie pulmonaire et surtout j'ai fait un épanchement pleural qui m'a menée aux urgences. J'avais des douleurs dans le dos, en particulier quand j'étais couché, et j'avais de grosses difficultés respiratoires. Quand je vais voir mon médecin, il faut se remettre dans le contexte, c'est en mai 2020, donc en plein Covid, qui dit difficultés respiratoires, dit suspicion de Covid, et donc le médecin part sur cette option sans réelle certitude. Et finalement, quelques jours après, je sais que le test est négatif, le traitement qu'il m'a donné est complètement inefficace et je me retrouve aux urgences. Et là, découverte de ce cancer suite à de nombreux examens qui m'ont laissée à l'hôpital pendant environ 15 jours, 3 semaines.
[00:04:54] Speaker F: Je m'appelle Chantal de Croizette, je suis pneumocancérologue. Tous les symptômes qui touchent notre poumon peuvent être évocateurs d'un cancer du poumon à partir du moment où ils persistent dans le temps de façon anormale et les patientes le racontent bien. Elles ont pris ces symptômes pour une éthiologie liée à une bronchite, à une pneumonie, à une « je me suis coincée le dos », des symptômes qu'on va mettre sur le compte de quelque chose de bénin, de surcroît. des âges très jeunes pour les témoignages qu'on vient d'entendre. Donc il faut avoir la puce à l'oreille à partir du moment où une toux, un essoufflement, une douleur thoracique persistent de façon anormale plusieurs mois après la fin d'un traitement, par exemple antibiotique, qui a été bien mené jusqu'à son terme. Et donc à ce moment-là, il faut absolument consulter le médecin généraliste parce qu'il n'est pas normal d'avoir encore mal dans la poitrine ou être encore essoufflé ou avoir une toux qui persiste deux mois, par exemple, après la fin des antibiotiques. Je crois qu'on se connaît tous ici dans le témoignage des patientes. C'est criant de vérité parce que ce sont de jeunes patientes qui sont actives, qui travaillent, qui s'occupent de leur maison, de leur famille et elles sentaient intérieurement qu'elles n'étaient pas dans leur état de santé normal. Ça s'est souvent rapporté en consultation. Je me suis dit que ça allait passer. Et puis, je me sentais anormalement fatiguée, s'attraîner. Et puis, souvent, elles le disent, les médecins qui s'occupent des patients, en premier lieu, chez quelqu'un de 40 ans, on ne pense pas au cancer, de surcroît, si vous n'avez pas de facteur de risque majeur. Notamment le tabac. Et donc de ce fait, je crois que oui, chaque patient sent, en son fort intérieur, que ces symptômes qui persistent ne sont pas normaux. On parle du cancer du poumon, mais c'est faux. Ce sont les cancers du poumon. Il y a plusieurs types de cancers du poumon en fonction du type de cellules pulmonaires qui ont dégénéré. On distingue en gros deux grandes familles. Le cancer bronchique à petites cellules qui représente 15% des cancers du poumon. Et puis les 85% restants font partie de la famille des cancers du poumon non à petites cellules. Et au sein de cette même famille, vous avez des sous-familles. Et en fonction des caractéristiques moléculaires et tumorales des cellules, vous avez des traitements totalement différents. Donc ce qui est très important à comprendre pour les patients et leurs familles, c'est qu'il y a une étape de diagnostic extrêmement importante pour nous, puisque nous allons chercher la carte d'identité, le visage de ce cancer. Et donc j'explique souvent à mes patients que Le cancer c'est comme une personne humaine, c'est-à-dire qu'il a des cheveux longs, des cheveux courts, les yeux noirs, les yeux bleus. Le cancer c'est pareil, il y a différentes caractéristiques qui vont le déterminer et la médecine a fait énormément d'avancées et nous permettent de personnaliser le traitement avec les différentes classes de médicaments qu'on a à notre disposition aujourd'hui en 2025.
On distingue, on va dire en termes de facteurs de risque, les cancers du fumeur et les cancers du non-fumeur. L'épidémiologie du cancer du poumon aujourd'hui nous montre que nous avons de plus en plus de cancers du non-fumeur. Pour différentes raisons, il y a des facteurs de risque tels que la pollution et les cancers du non-fumeur et touchent souvent des jeunes patients. ont des caractéristiques vraiment à part. Le visage est différent déjà, nous avons beaucoup d'adénocarcinome et dans cet adénocarcinome, il y a des anomalies moléculaires qui sont plus fréquentes chez les non-fumeurs et ces anomalies moléculaires du cancer nous ouvrent des portes notamment à des thérapies qu'on dit ciblées, qui ciblent l'anomalie moléculaire dont dépend la cellule cancéreuse pour se proliférer. Ces anomalies moléculaires sont plus fréquentes chez les non-fumeurs que chez les fumeurs. Le temps d'annonce d'un cancer, quel qu'il soit, que ce soit le sein ou le poumon, est un temps de consultation extrêmement particulier. Le premier corollaire c'est de prendre le temps. Même si le patient se doute, comme les témoins nous le disent, il se doute que ça ne va pas, il se doute qu'on cherche un cancer puisqu'on a fait des biopsies, on a fait beaucoup d'examens. Il faut prendre le temps parce que cela reste un moment qui sera souvent figé dans la mémoire du patient et des accompagnants. C'est à cet instant-là qu'ils ont eu la certitude qu'ils étaient porteurs d'un cancer. Et ça chamboule tout, ça chamboule la vie en général avec tout ce que ça implique, non seulement le traitement mais également la vie de tous les jours. Donc comment on fait ? Eh bien on prend le temps, c'est un temps dédié. Il ne faut pas être pressé derrière et se dire on n'a que 20 minutes. Non ce n'est pas possible, c'est un temps prolongé. Il faut prendre le temps de répondre à toutes les questions nécessaires et refaire venir le patient s'il le faut une deuxième fois pour pouvoir répondre à toutes ces questions là. Mais c'est un temps particulier à la fois Humainement, à mes yeux, c'est un temps très fort où il faut être très à l'écoute et puis de bien expliquer de façon la plus claire possible, la plus sincère possible pour que le patient comprenne ce qui se passe et où se situe la maladie et comment on va mettre en route un traitement pour lui. Le temps de consultation d'annonce est un temps émotionnellement très fort. et j'aime beaucoup que mes patients soient accompagnés à ce moment-là s'ils le désirent parce qu'il y a tellement d'informations qu'il y a, on le sait, une sorte de sidération à ce moment-là et certains patients nous disent mais vous savez docteur derrière je comprenais plus ce que vous étiez en train de m'expliquer sur le traitement, la chimiothérapie, les perfusions, etc.
Et donc c'est toujours très bien, je trouve, d'avoir le conjoint, une personne de confiance qui puisse être présente pour écouter avec le patient. Et ensuite, il nous explique que ça a beaucoup aidé parce qu'il y a une reformulation qui se fait au sortir de la consulte. Une fois arrivé à la maison, tu vois, elle a dit ça. Ah oui, c'est vrai, elle a dit ça. T'as compris comme moi. Oui. Et je trouve que c'est très aidant pour les patients qui sont dans ce tourbillon de cette maladie, du traitement et tout ce que ça implique.
[00:11:29] Speaker A: Vous venez d'écouter « On m'a annoncé un cancer », un épisode de Parlons Poumon, un projet co-construit par les professionnels du Centre Léon Bérard de Lyon et les équipes de Johnson & Johnson, en partenariat avec les associations Alkplus Rossone et Mon Réseau Cancer du Poumon. Retrouvez tous les autres épisodes sur votre plateforme de podcast.